Festival,Interview

Spontanéité, électro et création : entrevue avec Edgär

14 oct , 2015  

Rencontre avec le groupe Edgär quelques heures avant leur prestation à la Lune des Pirates, dans le cadre du festival Festiv’Art.

Le Bouillon : Un seul titre est disponible jusqu’à présent sur le net, donc il s’agit pour moi d’un interview « à l’aveugle », avec une part de Gilbert Montagné. Je démarre donc par une question très basique. Vous avez choisi comme nom de groupe un prénom, avec une connotation nordique grâce au tréma. Est-ce que ce prénom représente un personnage commun, avec peut-être une personnalité propre ?

Antoine : On a voulu prendre un prénom qui puisse rassembler nos deux identités, nos deux personnalités. Mais ce n’était pas plus ce prénom qu’un autre. Pour la petite histoire, nous étions en train de manger au Baratin, où le serveur s’appelle Edgar. Il y a ce côté nordique, et un côté majordome assez sympa.

Ronan : Oui, ce côté un peu classe, de la vieille école : le petit costard, un petit côté dandy, qu’on ne retrouve pas forcément dans notre façon de se vêtir, mais peut-être dans nos influences : le rock des années 60 ou ce genre de chose. Ce nom n’est pas habituel, il date, et en même temps, sonne actuel, certainement par ce côté nordique.

Antoine : C’est sympa que le nom du groupe ait été trouvé dans un moment de vie.

Ronan : Oui, parce que le groupe s’est formé dans un moment de vie, aussi. Tout s’est fait comme ça. On voulait que ça soit spontané.

IMG_8394 IMG_8380 IMG_8375 IMG_8367 IMG_8412

 

Le Bouillon : De quelle manière vous êtes-vous préparés à la scène ? Comment, à deux, investissez-vous l’espace scénique ?

Ronan : On essaie de l’investir chacun à sa façon. Nous avons deux personnalités très différentes, humainement comme scéniquement, et le but sur scène est de créer une unité à partir de ces différences. On essaie de partager l’espace, ne jamais se marcher dessus, mais garder une cohésion dans tout ce qu’on fait.

Antoine : L’objectif du live, et du projet au-delà de la musique, c’est de montrer notre complicité et la spontanéité qu’on a dans la vie. C’est cette complicité qu’on veut mettre en avant, avec beaucoup de moments « à nous ». Cela va se voir ce soir, qui sera notre premier concert sous la forme « électrique », avec les machines, les synthés, et cela va se voir bien plus qu’en acoustique. A certains moments, nous serons face à face, et non face au public, pour des moments à nous. C’est bien quand il y a du monde, on est d’accord, mais ce moment-là, c’est le nôtre.

Le Bouillon : Est-ce que tout est réglé comme du papier à musique, ou y a-t-il une part de spontanéité ?

Ronan : C’est spontané. On est tellement différents qu’on ne peut pas savoir comment ça va se passer. Après, notre position scénique est forcément anticipée. Et puis c’est un premier concert, donc on teste, aussi.

Antoine : En fait, rien n’est écrit parce qu’on n’a jamais joué le live. On l’a imaginé, mais forcément, des choses vont nous étonner. On va partager avec les gens, et on ne connaît pas notre réaction face à ce partage. Donc ce soir, le mot d’ordre est la spontanéité. Et la maladie, aussi (l’angine d’Antoine touchait à peine à sa fin, ndla).

Le Bouillon : Dans votre tandem, où les voix se croisent et se mêlent, quel est le processus de création musicale ? Est-ce un processus commun, où est-ce un procédé plus personnel de l’un ou l’autre ?

Antoine : On avait chacun un groupe, avant, et j’ai toujours été touché par la manière qu’avait Ronan de composer et d’amener ce qu’il y a dans sa tête sur papier ou sur PC. Donc c’est moi qui ai fait la démarche pour travailler avec lui. Du coup, il a carte blanche au niveau de la composition. C’est aussi pour cela qu’on a une complémentarité et une complicité : c’est quelqu’un qui me touche artistiquement. C’est pour cela que j’ai eu envie de travailler avec lui.

Ronan : On ne peut pas dire que c’est totalement mon travail. J’ai déjà eu un groupe où je composais tout de A à Z, c’était mon projet, j’avais tout décidé. Là, on a posé des limites, on va dire, en tout cas un cadre qu’on a créé ensemble pour le projet. J’ai l’habitude de composer pour 5 ou 6 musiciens. Là, il faut se cantonner à 2 et que cela fonctionne. Et ça, on ne peut pas le faire tout seul. Antoine a un regard qui permet de toujours retravailler les morceaux, et que je ne parte pas hors cadre. Si on me laisse faire, demain je compose un morceau de hip-hop, le prochain sera du reggae, avec des cuivres, donc bon ! C’est aussi son rôle à lui : qu’il mène le projet en dehors de l’artistique, sachant que cela touche forcément à la création.

Le Bouillon : Dans la description de votre groupe, vous faites mention de la « French touch de Phenix » ; qu’est-ce qui justifie cette comparaison ?

Ronan : C’est toujours compliqué de donner des influences. En l’occurrence, il s’agit plutôt de donner des repères, parce qu’à ce moment-là, il n’y avait pas encore d’écoute disponible sur le net, et on a essayé de citer des choses qui ressemblent à ce qu’on fait. Je pense que Phoenix représente l’avènement de la scène électro française, qui chante en anglais, mais avec des bases rock. On est un peu là-dedans, et Phénix, ça parle. On avait parlé aussi de The Last Shadow Puppets : deux voix, deux guitares… C’est pour donner des repères, et on a pensé que c’était le bon équilibre pour décrire ce qu’on faisait.

Le Bouillon : A l’inverse, vous avez mentionné, sans les citer, « d’illustres ainés » : qui se cache derrière cette expression ?

Antoine : Nous avons des influences totalement différentes. Je ne sais pas s’il est important de parler de nos influences à chacun. Par contre, on s’inspire beaucoup, dans notre projet, de groupes comme Air.

Ronan : On est partis du principe que chaque morceau pouvait marcher en acoustique aussi. Et les illustres ainés désignent une époque où on écrivait comme ça, des années 60 aux années 80. On a essayé d’écrire des morceaux le plus simplement possible, c’est-à-dire qui marchent avec une voix et une guitare. De là, on crée des mélodies qui restent dans la tête, parce que c’est comme ça qu’on conçoit la pop. Nos illustres aînés, ce sont ceux qui arrivaient avec un morceau qui fonctionne et qui touche les gens, sans qu’il y ait 10 synthés ou 10 mecs sur scène.

Antoine : Ce ne sont pas forcément les mêmes pour lui que pour moi, mais on cette même recherche pour les gens qui composaient comme ça.

Ronan : Je pense que c’est encore vrai aujourd’hui, mais c’est de plus en plus compliqué. Tout change en permanence, mais on aime bien fonctionner sur ces bases-là. On a un format qui est plus électro, dans l’air du temps. C’est un choix, parce qu’on voulait rester à deux sur scène, mais il fallait trouver un moyen de faire prendre vie au morceau. On voulait aussi pouvoir accéder à des scènes qui permettent d’envoyer un peu plus que deux guitares acoustiques.

Antoine : Oui, il y a quelques mois, vous auriez pu tout aussi bien nous voir assis avec nos guitares, un tambourin et une grosse caisse au pied. Il y avait plein de manières de mettre ces morceaux en lumière. On a choisi l’électro il y a presque un an, mais au départ, on n’était pas partis sur ça.

Le Bouillon : Du coup, si c’est à géométrie variable, cela pourrait encore évoluer ?

Ronan : Oui, après, il faut rester dans une cohérence pour le projet. On a déjà deux formats, c’est déjà bien. Le format acoustique amène une dimension plus intimiste. On est donc dans les deux extrêmes, avec le côté intimiste de l’acoustique, et un son qui envoie en électro, où on joue sur les graves, avec des samples bien lourds. Avec un même morceau, on arrive donc à deux ambiances bien différentes.

Antoine : C’est le live qui diffère, mais la chanson ne change pas. Je pense que l’évolution viendra plus du côté acoustique, où on rajoutera peut-être un clavier…

Ronan : Pour moi, cela tient même de l’ordre du remix. Plein de groupes font des morceaux qui se font remixer pour que ça soit plus « bouncé »… Moi, j’aime qu’on puisse vivre les morceaux dans ce cadre-là, et qu’on puisse se faire autant plaisir sur scène qu’en acoustique.

Antoine : Pour la version électro, l’évolution serait peut-être d’avoir quelqu’un avec nous, mais quelqu’un en accompagnement plus qu’un troisième membre du groupe. Mais on n’y est pas du tout ! Pour l’instant, on est bien comme ça.

Ronan : C’est aussi un pari. On s’est dit : « on essaie avec des samples, il y a des choses qu’on ne jouera pas, on verra si ça passe ou pas ». Pour l’instant, des retours qu’on a, ça marche ! Après, on verra ce soir.

Antoine : On a bien été aidés pour cela par notre ingénieur du son, Charles, qui serait un peu le troisième membre du groupe, pour le coup.

Ronan : C’est avec lui qu’on a travaillé toute la scène, tous les sons qu’on ne joue pas. Lui connaît les systèmes audio des scènes, il sait comment ça va rendre, et on a tout travaillé pour le live avec lui.

Le Bouillon : Vous avez effectué une résidence à l’ASCA, à l’Ouvre-Boite.

Antoine : On en a fait deux, en fait., On en a fait une au Chaudron à Amiens, et une à Léo Lagrange pour travailler le format acoustique. Pourquoi deux résidences ? Parce qu’on est le groupe « Esprit musique » choisi par l’Ouvre-Boite cette année. On est d’ailleurs un peu à la ramasse sur Esprit musique, c’est un peu chaud, mais on va s’y mettre. On aura d’autres résidences avec l’Ouvre-Boite, parce qu’on a encore plein de choses à travailler. Ce qu’on va proposer ce soir est l’aboutissement d’une année de travail, et on est très fiers de le présenter, mais on sait que des évolutions vont encore arriver. Greg, aux lumières, nous a fait une création lumières et va nous suivre sur les concerts. On a déjà entamé une résidence de scénographie avec Bénédicte Le Lay, qui va se poursuivre jusqu’en 2016. C’est un projet qui est encore un peu dans l’œuf, mais qui est loin d’être abouti, on l’espère !

Ronan : Oui, là, on est au point de départ. On a fait tout le travail nécessaire pour avoir un set.

Antoine : Oui. On est prêts à faire des concerts dans et hors de la région, et puis on a surtout l’envie. Mais on sait qu’il y a encore énormément de travail avant que tout ce qu’on a imaginé puisse être posé.

Le Bouillon : Chacun dans vos précédents groupes, et même dans le titre d’Edgär qu’on trouve sur le net, on trouve l’envie de créer et partager un atmosphère. Quelle atmosphère avez-vous envie de partager sur scène, avec Edgär ?

Ronan : L’idée est de proposer quelque chose qui parle directement. Il y a une phrase du chanteur de Hills que j’aime bien ; il disait qu’un gamin qui n’aime pas les Beatles, c’est forcément de la mauvaise graine. Parce que c’est de la musique qui parle tout de suite, il n’y a pas de fioritures. C’est ce qu’on cherche à faire sur scène : on n’est pas déguisés, on est nous-mêmes, avec nos différences. C’est ça qu’on veut mettre en avant : être le reflet de ces personnes qu’il y a en face. Mais ce n’est pas réfléchi. Il n’y a pas d’engagement dans le sens politique. Le seul engagement, c’est de faire de la musique qui parle, et partager des choses simplement.

Antoine : On n’a pas réfléchi à la question plus que ça. On a forcément notre univers, parce qu’on met en avant notre complicité, mais l’alchimie qui va se passer, elle dépendra aussi du public. Ce n’est pas plus compliqué que cela : on fait des morceaux, on va en studio, on enregistre, on va devant les gens, on est émus, ils sont émus, et c’est cool.

Ronan : On espère juste que le public apprécie autant l’écoute que nous avons de plaisir à écrire et à jouer.

Le Bouillon : Comment se profile la suite ? Un EP se prépare ?

Antoine : L’EP sera pour fin 2016, peut-être même début 2017. On a les morceaux pour, on sait où, mais on a envie de la sortir au bon moment. Ce sera plus de la stratégie, pour le coup. Mais des nouveaux morceaux vont arriver. Une énorme date au Splendid de Saint-Quentin arrive en novembre, avec The Shoes et Black Strobe, et puis quelques concerts et résidences. On s’est vraiment concentrés pour le moment sur la préparation du concert de ce soir. C’est quand même un concert dans la SMAC (scène de musiques actuelles, ndla) de notre ville, et c’est assez impressionnant.

Ronan : La plupart des groupes qui commencent n’ont pas l’occasion de faire ce genre de concerts. Ça met un peu de pression, mais ça fait surtout vachement plaisir de bénéficier de cette confiance de la Lune des pirates, du Festiv’Art et du public.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *