Concert,Interview

Rencontrer Oldelaf un soir de Saint Valentin…

6 oct , 2015  

Derrière ce titre aguicheur (encore ? ben oui, on a tout piqué à Closer, niveau marketing !) se cache une interview tout ce qu’il y a de plus correcte et bien propre sur soi. Rencontre donc avec Oldelaf, musicien doué et drôle, avant le concert à Abbeville, le 14 février 2015.

Le Bouillon : Un concert, le soir de la Saint Valentin, en Picardie : la tristitude ?

Oldelaf : Bien sûr, je vais prendre un malin plaisir à essayer d’humilier ceux qui viennent seuls, pour ajouter à leur peine interne… Mais peut-être que des couples se formeront ce soir. La musique déclenche tellement d’amour, tu sais… Je tiens juste à signaler quelque chose : ce n’est pas moi qui ai posé des posters de moi dans la loge. Mais c’est dommage qu’il n’y ait pas un petit lecteur CD avec mes chansons, aussi…

Le Bouillon : Olivier, tu apparais sur scène avec un pseudonyme, ainsi que tous les musiciens du groupe, qui portent des noms de « monsieur tout le monde » : Amaury Canté, Jacques F., les frères Berthier.

Oldelaf : Oui, à part pour Amaury Canté, qui cache un jeu de mots, en référence au chanteur des années 80 Mory Kanté, qui a cartonné avec la chanson Yéké yéké. On voulait un prénom qui soit très chic, style bourgeoisie versaillaise ; Amaury nous paraissait bien choisi. Chacun endosse son personnage tout au long du spectacle. Par exemple, je deviens Oldelaf, et non plus Olivier Delafosse, ce qui me permet de dire des choses que je ne dirais pas forcément dans la vie, ou du moins pas avec la même assurance. Dans la vie, je suis moins extraverti, je peux avoir un côté « ours » avec les gens que je ne connais pas, alors que sur scène, je suis à l’aise parce que je ne suis pas le seul à dire des choses, il y a ce double que j’aime. Je ne fais pas dire des horreurs à mon personnage ; je ne suis pas comme Didier Super qui va pousser son personnage pour en faire presque un opposé. Je me change un peu d’habits aussi, je me transforme un peu, c’est important.

Oldelaf et ses musiciens à Abbeville

Le Bouillon : A toute apparition publique, tu deviens systématiquement Oldelaf ?

Oldelaf : Peut-être moins en interview, c’est un peu plus moi tout seul. Quand je m’emballe, il peut y avoir des moments om je me sens un peu plus loquace et volubile, mais sinon c’est possible que je sois moi-même, à la radio en tous cas, ou comme aujourd’hui. Quand il y a des gens en télé, c’est un peu différent ; là je le sais, je suis Oldelaf.

Le Bouillon : C’est aussi certainement ce que les gens attendent… Quand tu es invité dans une émission, les gens attendent Oldelaf.

Oldelaf : Oui, mais c’est surtout que dès qu’il y a un peu de public, une certaine excitation, c’est beaucoup plus facile de faire sortir le spectaculaire.

Le Bouillon : Tu as démarré ta carrière en tant que prof de musique ; dis-nous Oldelaf, qu’est-ce qu’il faut faire pour devenir chanteur ? C’est quoi les études ?

Oldelaf : Si je me réfère à ce que chantent certains, il ne faut surtout pas faire d’études ! Non, mais c’est ça qui est dur à accepter pour plein de jeunes, qui rêvent d’une solution miracle. Certains pensent que cela marchera en faisant la Star Ac’, ou en faisant un clip, ou des chansons sur Internet… Dans chacun des cas, ça peut fonctionner, mais il n’y a rien d’obligatoire. Le plus grand travail que chacun ait à faire, c’est trouver l’endroit où il est lui-même, en chanson. C’est creuser, chercher, essayer avec la voix, comprendre le moment où ça va faire frémir autour de soi. Et c’est très simple : sur un concert tu vois qu’il y a une chanson qui marche mieux. Et à l’intérieur de cette chanson, il y a un truc qui vibre de manière spéciale, parce que tu te sens bien, parce que tu as mis ta voix d’une certaine manière sur une certaine note. Et c’est dans ce cas-là qu’il faut creuser, tout en acceptant de se faire conseiller. Au départ, je ne pensais pas être un chanteur humoristique.

Le Bouillon : Ce n’était pas ton objectif ?

Oldelaf : Non. Moi ce que j’aime, c’est la chanson. Et puis à un moment quand tu vois que quand tu chantes une chanson humoristique ça vibre autour de toi, on t’en redemande, tout le monde se rassemble, alors tu en fais un deuxième. Et ça marche encore, et tu es de plus en plus motivé. J’ai cultivé ça, mais je n’étais pas en admiration devant les chanteurs humoristiques, et je n’en écoute pas toute la journée. Par contre quand moi j’en fais, je crois que je suis plus crédible. Et c’est un outil dont je me sers peut-être mieux qu’un autre, alors que si ça se trouve j’aurais rêvé de faire le rocker. Mais je ne suis pas un rocker.

Le Bouillon : Rocker humoristique ?

Oldelaf : Ouais, certainement, mais il y aura toujours le côté humoristique. Et d’ailleurs rockeur humoristique c’est encore autre chose, ça correspond plus aux Fatals Picards. Moi je suis moins rock que les Fatals.

Oldelaf à Abbeville

Le Bouillon : Justement, tu as participé à un album des Fatals Picards, Picardia Independenza

Oldelaf : Oui, même à un album et demi, pour être honnête, parce que je chante sur pas mal de chansons en tant que guest récurrent sur Droit de Veto, qui pour moi est leur meilleur album. Ensuite j’ai participé activement à Picardia Independenza. Notre collaboration s’est arrêtée au moment de la sortie de l’album.

Le Bouillon : Est-ce que pour toi ça a été une bonne expérience, cette phase avec les Fatals Picards ?

Oldelaf : Oui une très bonne expérience, parce que j’étais sideman, donc sur le côté, et ça me permettait d’observer, de regarder. Je n’étais pas forcément d’accord avec tout, mais ce n’était pas mon projet. Moi j’avais déjà « Oldelaf et Monsieur D. » à ce moment-là, qui marchait bien, mais on ne tournait pas autant que les Fatals et cela me frustrait. Avec les Fatals, j’ai vraiment appris la guitare électrique. Avant, pour moi, la guitare électrique, c’était une guitare sèche qu’on branchait. Alors que c’est un autre instrument, qui ne se joue pas pareil du tout : pas la même façon de taper, de positionner les doigts, pas les mêmes rythmes… C’est dur à accepter au début. Mais on a eu de bons moments de rigolade, et puis ça m’a permis de découvrir le monde de la tournée, avec des gars qui étaient moins rock’n’roll à l’époque qu’ils ne le sont aujourd’hui. Certains des membres qui sont encore dans le groupe aujourd’hui se sont un peu encanaillés, mais à l’époque c’était très sage. Par contre c’est marrant de voir l’engouement du groupe en Picardie ; il y avait ce côté-là qu’Ivan (Ivan Callot, l’un des fondateurs des Fatals Picards, ndlr) avait vu avant même le succès des Ch’tis. On s’est rendu compte que sans même parfois nous connaître, les gens venaient voir les Fatals en disant : « vous parlez de nous, vous êtes nos représentants ». Quand on chantait « Chasse, pêche et biture », les gens venaient nous voir avec cet accent délicieux qui est le vôtre : « Hé ça fait plaisir, ça parle de nous ! », sans forcément comprendre qu’il y avait du deuxième degré. Du coup tu ne sais pas quoi répondre.

Le Bouillon : D’autant que tout est quand même du second degré, en particulier dans les premiers albums des Fatals Picards.

Oldelaf : Mais les gens ne sont pas obligés de comprendre. Tu sais, France Gall a chanté « Annie aime les sucettes » !

Le Bouillon : On va dire que c’est parce qu’elle était jeune.

Oldelaf : Elle l’est toujours un peu…

Le Bouillon : Ca, c’est fait :) Enchainons. Le crowdfunding t’a permis de réaliser quelques projets, quelle place ce système de récolte de fonds sur Internet a-t-il eu dans ta carrière ?

Oldelaf : Alors, il m’a déjà fallu quelques années avant de réussir à prononcer ce mot : crowdfunding. C’est la prolongation du fait que j’ai toujours fonctionné grâce à Internet, de toutes les manières. C’est grâce à cette communauté que j’ai pu fédérer que ça a fonctionné. Et c’est chouette, c’est honorifique, parce que les gens se sont bougés, ont donné de leur argent, en me faisant confiance, sans rien entendre à l’avance, donc c’est cool. Je suis fier d’être un enfant d’Internet, parce que c’est un media volontaire. C’est-à-dire qu’à la radio, tu attends la chanson d’après ; la seule action que tu puisses avoir c’est on / off, ou changer de radio, mais tu engranges ce qu’on te balance. La télé, tu zappes vaguement, mais les programmes musicaux sont très rares à la télé, et encore si tu veux rester sur une chaine de clips, tu ne choisis pas non plus le programme. Sur Internet, tu ne vas que sur les choses qui t’intéressent, tu peux te faire une sélection. Et le fait de faire partie de cette sélection des gens est chouette… Ma une vie médiatique a commencé il y a 3 ans, avec La Tristitude, mais je ne suis jamais passé sur les radios nationales.

Le Bouillon : Est-ce que ce n’est pas lié au crowdfunding ? Le crowdfunding te permet une indépendance, par rapport à certains labels notamment.

Oldelaf : Oui, mais je ne cherche pas l’indépendance, je cherche à faire des disques, et je serais très content d’être chez Universal. Après, si je revenais de chez Universal au crowdfunding, ce serait un choix ; mais je préfèrerais être en tête de gondole partout et vendre plus de disques. Moi ce que je veux c’est que mes chansons soient le plus écoutées possibles. Je ne rêve pas de gloire, j’ai tout ce qu’il me faut, le fait de jouer devant des gens et d’en vivre, c’est top ; par contre que les chansons soient le plus connues possibles, c’est mon vrai but. Donc la radio, c’est forcément un media obligatoire, même si Internet ça marche bien. Pour toucher vraiment le cœur des français, il faut passer par la radio ou la télé.

Oldelaf à Abbeville

Le Bouillon : Aujourd’hui, au-delà d’Internet, tu as des apparitions récurrentes à la télé, dans des émissions à grosse audience (chez Michel Drucker et chez Dave).

Oldelaf : Oui je suis à droite à gauche dans les medias. Les gens me connaissent et me reconnaissent dans la rue. Mais ça à la limite je m’en fous. Ce que je voudrais c’est qu’ils écoutent l’intro d’une chanson et que tout le monde se mette à chanter. C’est ça mon rêve, c’est sûr.

Le Bouillon : Parlons du dernier album et des concerts ; comment se passent les concerts et la tournée ? Est-ce que c’est toujours la même formation qui tourne ? Certains intervenants changent-ils selon les dates ?

Oldelaf : (on entend en fond Laura Cahen, qui fera la première partie, faire la balance) C’est très très aigu, quand même, je commence à avoir peur pour la glace ! Pour répondre à ta question, la formation sur scène ne change pas. C’est important parce que c’est assez scénarisé. Il n’y a pas que moi qui suis un personnage, chacun joue un pseudonyme qui a une importance tout à fait radicale sur le spectacle. Donc l’équipe sera la même jusqu’en juin, au moins. Après, pour les techniciens, il arrive comme c’est le cas aujourd’hui, que les ingénieurs du son ne soient pas les habituels. Il peut y avoir de petites variations, mais pour moi c’est important d’avoir un vrai cocon. Ça change tout parce qu’on est comme une famille, on se revoit en dehors… ce ne sont pas de simples collègues. Je suis optimiste à long terme. Il faut juste que techniquement on reste tous en cohésion. Après au niveau des envies artistiques c’est un peu différent. Si un jour l’un ou l’autre n’aime plus ce que je fais, il partira, mais il n’y a pas trop de tensions de ce côté-là puisque c’est moi qui suis décisionnaire sur la couleur générale du projet. Mais je crois que globalement ça leur plait parce qu’ils découvrent des choses : je les emmène dans des endroits assez confortables, et en termes de salles et en termes d’amour du public. Ça touche, et je suis content de la bonne humeur qu’on véhicule.

Le Bouillon : Les musiciens qui tournent avec toi ont-il des projets en parallèle ?

Oldelaf : Oui, et je les invite à le faire. J’ai moi aussi des projets à côté. Pour moi c’est positif en tous points : techniquement, artistiquement, dans la tête… (Laura Cahen vocalise toujours, dans les suraigus) Hou très très aigu vraiment ! Et très juste, c’est impressionnant. De la à dire que c’est agréable c’est autre chose, mais… Bref. Pour revenir à ta question, le fait d’aller voir ailleurs, c’est toujours bien. En musique en tous cas ! Après je suis vicelard, parce que je leur demande la priorité, même s’ils peuvent aller voir ailleurs.

Le Bouillon : Tu as le rôle de la régulière, quoi.

Oldelaf : Je ne suis pas chiant, dans le sens où on ne répète pas toutes les semaines comme un groupe classique. Ce n’est pas violent en termes d’emploi du temps. Toutes les dates ou quasiment sont payées, autrement ce sont des promos télés un peu chouettes, donc ce n’est pas trop contraignant.

Le Bouillon : Au-delà de la mise en scène, y a-t-il une part d’impro lors de tes concerts, en fonction de la ville, de l’actualité ?

Oldelaf : Oui, c’est sûr qu’il peut y avoir des vannes sur la ville, même si ce n’est jamais obligatoire. Mais on aime se surprendre les uns les autres. Et comme maintenant on a un spectacle bien rôdé, qu’on connaît vraiment bien, on peut se permettre d’improviser. Parfois cela donne des situations hyper marrantes, qu’on décide ou pas de garder pour les spectacles suivants. D’ailleurs, le spectacle s’est beaucoup construit comme ça ; sur les bases d’un spectacle assez timide, des conneries se rajoutent date après date ! En fait, on peut dire ce qu’on veut, du moment que chacun reste dans son personnage. Je dis souvent aux gars : « faire une fausse note, c’est pas grave ; faire une faute de personnage, ça c’est grave ». Les gens viennent beaucoup plus pour les textes et l’ambiance générale que pour la technicité de la musique, je pense.

Le Bouillon : Quelles sont les musiques et les personnages sur scène qui t’inspirent ?

Oldelaf : C’est vrai que j’ai des grands frères de scène, mais je suis malheureux parce que je n’ai pas le temps d’écouter assez de musique, en live ou sur disque. Souvent, je dois malheureusement me faire une idée très rapidement. Mais à chaque fois, cela me donne des idées de chansons ! Un petit rien va m’inspirer. En tous cas j’aime écouter des choses différentes, du jazz, un Brassens, un peu de Rage against the machine… Je ne suis pas trop dans les musiques agressives dans les paroles ; le rap n’est pas ma tasse de thé, même s’il y a des choses très bien faites, des mecs avec un putain de flow. R’n’B, zouk love, ce n’est pas mon truc non plus. Si après je me mets à faire ça, c’est forcément de la parodie. Par contre je peux écouter du reggae, et avoir envie de retrouver une certaine ambiance dans une chanson. Sinon, j’écoute beaucoup de classique ; ça me fait du bien, ça me calme. Et puis bien sûr de la chanson, les Beatles…

Le Bouillon : En fait même quand tu écoutes de la musique, ton cerveau reste en mode « créatif » ?

Oldelaf : C’est très rare que je puisse m’abandonner. C’est une déformation professionnelle que j’avais déjà étant jeune : j’analyse ce que j’entends. C’est dur d’avoir une écoute objective, et d’écouter une chanson de loin pour voir ce qui en ressort. Du reste, quand j’écoute une chanson de mon groupe, je vais dans le détail, alors que la plupart des gens ne vont pas entendre tous les détails de la chanson. Peut-être que c’est le « Youpi ! » placé à la fin du couplet qui fera le succès de la chanson, et pas les rifs trop bien que tu as placés ici ou là.

Le Bouillon : Question bonus, Oldelaf : 127 placements produits dans la chanson Kleenex : tu as touché combien et / ou combien tu as eu de procès ?

Oldelaf : Ecoute, c’est un sujet qui me rend malheureux, parce que c’est une chanson qu’on a coécrite avec Kyan Khojandi, le créateur de la série Bref. Kyan avait accepté de réaliser le clip de la chanson, avec son pote Navo, qui est un génie aussi. Harry Tordjman, leur producteur, a commencé à se renseigner auprès de ses avocats, à titiller un peu les marques, et a dit : « il va y avoir des emmerdes à la radio, à la télé ; on ne fera pas le clip ». La législation est compliquée sur le sujet des marques, c’est un euphémisme, entre les marques qui veulent bien qu’on parle d’elles, celles qui ne veulent pas… Enfin je suis déçu, parce que j’aurais aimé travailler avec Kyan et Navo, spécialement sur cette chanson qui est la nôtre.

Le Bouillon : La réponse est plus grave que ce qu’on aurait cru… Alors une dernière question bonus : Tahiti, ça se concrétise ? (Pour comprendre l’infinie finesse de cette question, il faut écouter la chanson Tahiti d’Oldelaf)

Oldelaf : Je pars… dans 10 jours ! Oui, un festival nous a invités, les quatre gars, le manager et moi. Et on part « à cause » de la chanson Tahiti ! C’est donc la raison la plus grotesque et la plus incroyable, et je me demande déjà ce que je vais trouver pour le prochain album. C’est inouï, en plus Tahiti pour moi est un vrai rêve de gamin.


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