Concert,Interview

Rencontre avec Didier Wampas, le punk qui a vu le punk

6 oct , 2015  

« Je viens prendre le Jack, c’est tout ».

Didier Wampas

Le Bouillon : Les Wampas se définissent comme un groupe de yé-yé punk ; en quoi cela vous démarque des autres styles punk ?

Didier Wampas : Ca c’était il y a 30 ans, quand on a formé le groupe. J’aimais bien le rock français des années 60 (les Pirates, les Vautours…) et le punk, donc je voulais faire ce qu’avaient fait certains groupes de punk rock américains. Mais ça n’a pas duré longtemps, c’était juste une idée de départ du groupe. Ceci dit les influences sont toujours là.

Le Bouillon : Les Wampas sont cités dans pas mal de groupes (Fatals Picards, les Caméléons, Justin(e)…) ; mais qui a inspiré les Wampas à la base ?

Didier Wampas : Tout au départ, c’est le punk rock américain. J’avais 15 ans en 1977 ! Tout était bien : les Sex Pistols, les Clash, les Ramones… Ce sont vraiment les Ramones qui rassemblent tout ce que j’aime vraiment. Avant le punk, je n’écoutais pas grand chose, à part un peu de rock’n’roll.

Le Bouillon : Que penses-tu de la scène punk actuelle, française notamment ?

Didier Wampas : Il y a des choses bien ! Mais dès 1979-80, le punk est devenu quelque chose qui n’avait plus grand-chose à voir avec l’idée. A la base, c’était faire la musique qu’on veut, être habillé comme on veut, penser comme on veut. C’était la liberté totale. Ensuite, c’est devenu un mouvement codifié. D’ailleurs selon ces critères, The Jam ou The Stranglers n’auraient même pas été punks, parce qu’ils ne rentreraient pas dans les petites boites qu’on impose aujourd’hui. C’est valable pour plein d’autres styles musicaux, d’ailleurs. C’est paradoxal : les gens font du rock parce que c’est la liberté, mais ils s’enferment tout de suite dans une petite boite. Il me semble tout de même qu’on a tendance à sortir un peu de ce carcan, en ce moment.

Le Bouillon : La chanson « C’est pas moi qui suis trop vieux » est-elle en rapport avec cela ?

Didier Wampas : Non, c’est juste une constatation. Quand j’avais 15 ans, il y a plein de musiques que je n’aimais pas. En fait, je n’aimais pas 99 % des trucs : le disco, Genesis, Pink Floyd, tout ça je n’aimais pas. Je n’allais pas en boite danser sur les Bee-Gees ; je ne le ferais pas plus sur Daft Punk aujourd’hui. J’aurais 15 ans aujourd’hui, je n’aimerais pas le R’n’B, ni 99 % des trucs. Ce n’est pas une question d’âge ni d’époque. Aujourd’hui, on a une infinité de trucs à écouter, et pourtant souvent j’écoute 5 secondes et je me dis : encore le même son, encore la même chose.

Le Bouillon : Ce qui sort des Majors est souvent formaté…

Didier Wampas : Ce n’est même pas une question de Major. Les gens se formatent tous seuls, ils veulent tellement que ça marche ! Donc ils refont ce qui a déjà été fait. A quoi ça sert de faire du « sous-Daft Punk », sérieusement ? La démarche artistique, c’est à l’inverse créer, faire de nouvelles choses. Un groupe sur 1000 fait cela. Ils ont peur d’être eux-mêmes, et ne prennent pas ce risque. Et ce que je dis là, c’est valable pour les petits groupes ou pour ceux qui sont chez les Majors, ça n’a rien à voir. Quand on dit que les majors te formatent, c’est des conneries ; si tu n’en as pas envie, ils ne te formateront pas. Ce sont les gens eux-mêmes qui se mettent dans des petites boîtes.

Le Bouillon : Mais on peut citer l’exemple du groupe Noir Désir, qui a un peu changé en fonction des différents labels.

Didier Wampas : Je ne crois pas qu’ils aient été formatés, je crois qu’ils ont toujours fait ce qu’ils voulaient. Parce qu’ils se plaignent depuis 15 ans d’Universal, mais ils y sont encore…

Le Bouillon : Les Wampas a passé pas mal de temps sur un label indépendant, puis il y a eu un passage avec BMG : bonne ou mauvaise expérience, la Major ?

Didier Wampas : Très bonne expérience ! Je dis toujours : les Majors, il n’y a rien de mieux ! On a même fait un disque sur Universal, et on leur a fait perdre de l’argent. Du coup je préfère être sur des Majors. Quand tu es sur de petits labels, ça te fait chier de leur faire perdre de l’argent. Demain s’il y a Orange ou Bouygues Télécom qui veulent payer mon disque, pas de problème ! Tous les groupes punks l’ont fait ; les Clash étaient chez CBS par exemple. C’est après, avec les Béru et tout ça, que c’est devenu un problème. Mais c’est un faux débat.


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